Le projet de loi 97 du Québec : une refonte controversée de la foresterie et ses profondes implications pour l'industrie du bois

Le projet de loi 97 du Québec, déposé au printemps 2025, représente la réforme la plus importante et la plus polarisante de la gestion forestière de la province depuis des décennies. Présenté comme une modernisation nécessaire pour améliorer la compétitivité économique et la prévisibilité de l'industrie du bois, le projet de loi a déclenché un débat féroce, opposant le gouvernement et l'industrie à une coalition formidable de Premières Nations, de groupes environnementaux et de syndicats. Au cœur de la législation se trouve une volonté de changer fondamentalement qui a la priorité en forêt, avec des implications profondes et complexes pour l'industrie du bois au Québec et à travers le Canada.

Le cœur du problème : une forêt à trois zones

Le pilier central du projet de loi 97 est l'introduction d'un nouveau modèle d'aménagement forestier qui divise les vastes forêts publiques du Québec en trois zones distinctes. Cette « approche tridimensionnelle » constitue une rupture radicale avec les philosophies de gestion antérieures, plus intégrées.

  1. Zones d'aménagement forestier prioritaire : C'est l'aspect le plus crucial et le plus controversé pour l'industrie. L'objectif du gouvernement est de désigner au moins 30 % des forêts publiques de chaque région à des fins principales de récolte de bois. Dans ces zones, d'autres activités susceptibles d'entraver ou de restreindre les opérations de coupe seraient interdites, donnant ainsi aux entreprises forestières un droit de passage exclusif.
  2. Zones multi-usages : Ces zones visent à équilibrer la production de bois avec d'autres valeurs et activités, telles que la conservation de la faune, le tourisme récréatif (comme les pourvoiries de chasse et de pêche) et la poursuite des activités traditionnelles par les communautés autochtones.
  3. Zones de conservation : Cette désignation s'appliquerait aux aires protégées existantes et futures, comme les parcs et les réserves écologiques, où les activités industrielles telles que l'exploitation forestière sont interdites.

Cette ségrégation de l'utilisation des terres est le principal moteur à la fois du soutien de l'industrie et de l'opposition généralisée au projet de loi 97.

L'impact escompté : une aubaine pour l'industrie du bois?

Du point de vue de la puissante industrie québécoise des produits du bois, en particulier les grandes entreprises d'exploitation forestière et les scieries, le projet de loi 97 est perçu comme une bouée de sauvetage nécessaire et attendue depuis longtemps. Les impacts anticipés sont axés sur la stabilité et la croissance.

Une prévisibilité et une sécurité d'approvisionnement en bois sans précédent

La création de « Zones d'aménagement forestier prioritaire » est le principal argument de vente du projet de loi 97 pour l'industrie. Le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), le principal groupe de pression de l'industrie, a défendu cette mesure comme un moyen de fournir la prévisibilité à long terme nécessaire pour justifier des investissements majeurs dans les scieries, les usines de transformation et la technologie. En créant des zones où la récolte de bois est la priorité incontestée, le gouvernement vise à réduire les risques liés aux conflits d'usage des terres et aux contestations judiciaires d'autres groupes, assurant ainsi un flux constant et fiable de fibre de bois.

Un climat d'investissement amélioré pour la production de bois d'œuvre

Le projet de loi 97 propose de remplacer le système actuel de garanties d'approvisionnement par de nouvelles Licences d'aménagement forestier durable d'une durée de dix ans, contre cinq actuellement. Ce délai prolongé est conçu pour donner aux entreprises la confiance nécessaire pour réaliser d'importantes dépenses en capital, assurées de leur accès aux ressources. Ceci, combiné au zonage prioritaire, vise à signaler aux investisseurs internationaux que le Québec est une juridiction stable et accueillante pour le capital forestier.

Une gestion forestière décentralisée et « efficace »

La législation vise également à décentraliser la gestion forestière en transférant plus d'autorité aux gestionnaires régionaux. L'industrie y voit une évolution positive par rapport à ce qu'elle considère souvent comme une approche lourde et universelle de la part de Québec. L'espoir est que les gestionnaires locaux, étant plus proches du terrain, pourront prendre des décisions plus rapides et plus efficaces, mieux adaptées aux conditions et aux besoins spécifiques des opérations forestières de leur région.

Le projet de loi 97 du Québec suscite la controverse pour de nombreuses raisons, notamment les droits autochtones et les forêts anciennes
Le projet de loi 97 du Québec est controversé en raison des droits autochtones, des forêts anciennes et de son impact potentiel sur l'industrie canadienne du bois. Pour l'échelle, le petit point rouge au centre est une personne sur cette image aérienne d'une coupe à blanc récente.

Les conséquences imprévues : un paysage de risques et de conflits

Alors que le projet de loi 97 est conçu pour créer un environnement plus stable pour l'exploitation forestière, l'opposition intense et organisée qu'il a suscitée pourrait ironiquement conduire à une nouvelle forme de risque, plus volatile, pour l'industrie.

L'érosion de l'acceptabilité sociale et des droits autochtones dans les forêts du Québec

La menace la plus importante pour le succès du projet de loi 97 est l'opposition uniforme et puissante des Premières Nations. L'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) a rejeté sans équivoque le projet de loi, affirmant qu'il a été rédigé sans consultation adéquate et représente un « recul majeur » pour la réconciliation. Les dirigeants autochtones soutiennent que dédier un tiers de leurs territoires ancestraux à l'exploitation forestière prioritaire porte atteinte à leurs droits issus de traités et à leur capacité de pratiquer leur culture.

Impact sur l'industrie du bois : Cela crée un risque critique pour l'acceptabilité sociale de l'industrie. Les entreprises opérant dans ces nouvelles zones prioritaires feront probablement face à des contestations judiciaires soutenues, des manifestations sur le terrain et des blocages potentiels. Cela pourrait entraîner d'importants retards opérationnels, une augmentation des coûts de sécurité et juridiques, et un niveau d'incertitude qui contredit directement les objectifs déclarés du projet de loi 97.

Accès au marché et atteinte à la réputation de l'industrie forestière

Les organisations environnementales et les syndicats ont fait écho aux préoccupations selon lesquelles le projet de loi 97 promeut un modèle d'extraction des ressources dépassé, qui privilégie le profit à court terme au détriment de la santé des forêts à long terme, de la biodiversité et de la résilience climatique. La ségrégation de la conservation dans des zones spécifiques est perçue comme ignorant la réalité écologique selon laquelle les forêts sont des systèmes interconnectés.

Impact sur l'industrie du bois : Cette réaction négative constitue une menace directe pour l'accès au marché. De plus en plus, les grands acheteurs de produits du bois en Europe et dans certaines parties des États-Unis exigent des preuves rigoureuses d'un approvisionnement durable et éthique, souvent vérifiées par des certifications tierces comme le Forest Stewardship Council (FSC). Si le régime forestier du Québec est perçu comme régressif et socialement litigieux, cela pourrait entraîner :

  • Perte de certification : Les entreprises pourraient avoir du mal à maintenir ou à obtenir des écocertifications strictes pour le bois récolté sous le nouveau régime.
  • Boycotts et image de marque « entachée » : Les produits du bois québécois pourraient être ciblés par des campagnes environnementales internationales, nuisant à la marque et fermant l'accès à des marchés lucratifs à haute valeur ajoutée.

Remise en question du modèle économique à long terme pour l'industrie du bois d'œuvre

Les critiques soutiennent que le projet de loi 97 soutient une industrie de produits de base axée sur le volume, au détriment d'une économie forestière plus diversifiée et résiliente. En limitant potentiellement les activités dans de vastes zones, le projet de loi pourrait nuire à d'autres secteurs comme le tourisme, les loisirs et les nouvelles opportunités dans les crédits carbone et les bioproduits. On craint que le projet de loi n'encourage une course à la récolte du bois le plus rapidement possible, ce qui pourrait compromettre la stabilité future des emplois forestiers qu'il prétend protéger.

Implications pour l'industrie canadienne du bois

Bien qu'il s'agisse d'une législation provinciale, le projet de loi 97 aura sans aucun doute des répercussions nationales sur l'ensemble de l'industrie forestière canadienne.

  • Une trajectoire divergente : L'approche du projet de loi en matière de gestion forestière et de consultation autochtone pourrait mettre le Québec en porte-à-faux avec les politiques fédérales en évolution et les engagements internationaux comme la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA). Cela pourrait créer des maux de tête réglementaires et de réputation pour les entreprises nationales et internationales qui opèrent à travers le Canada.
  • Réputation de la marque nationale : L'industrie canadienne du bois dans son ensemble bénéficie d'une réputation mondiale de gestion durable - bien que la durabilité de l'industrie canadienne du bois soulève certaines questions. Un conflit très médiatisé et prolongé sur les pratiques forestières au Québec pourrait ternir cette marque nationale, affectant potentiellement les perceptions du marché pour les produits d'autres provinces et encourageant le monde à examiner de plus près les affirmations environnementales commodes des industries forestières et du bois canadiennes.
  • Un précédent pour les conflits : Si le projet de loi 97 est adopté malgré l'opposition, il pourrait encourager d'autres provinces à adopter une législation similaire, déclenchant potentiellement des conflits similaires sur la gestion des ressources à travers le pays.

En conclusion, le projet de loi 97 du Québec est un moment décisif. Pour l'industrie du bois, il présente une voie claire, soutenue par le gouvernement, pour sécuriser un volume élevé de bois pour l'industrie de la construction. Cependant, cette voie est semée d'embûches. La promesse de prévisibilité opérationnelle est gravement menacée par la garantie de conflits sociaux et juridiques. L'impact probable ne sera donc pas une simple augmentation de l'exploitation forestière, mais plutôt un nouvel environnement commercial plus complexe où le succès d'une entreprise dépendra autant de sa capacité à naviguer dans une opposition sociale intense et un examen minutieux du marché que de sa capacité à récolter du bois.

Approfondissez votre expertise en construction durable en France et au Québec

Maîtriser le projet de loi 97 du Québec est une étape. L'appliquer concrètement à un projet de construction ou de rénovation au Québec, en tenant compte de nos hivers, en est une autre. Explorez ces guides conçus pour les chantiers francais et québécois :

Rejoignez la communauté Ecohome pour échanger avec des experts et des autoconstructeurs de partout au Québec et en France.