Les groupes environnementaux saluent la récente annonce du Québec interdisant le chauffage au gaz naturel dans les maisons québécoises à partir de 2040, et la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) qu'elle entraînera.

Jean-Pierre Finet, analyste au Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEE), salue également l'intention du gouvernement de réduire les émissions de GES, mais reste sceptique quant à la solution du biométhane. « Nous devons véritablement réduire les gaz à effet de serre, pas maintenir des systèmes désuets sous une nouvelle étiquette », a déclaré M. Finet.

Biométhane : Une transition controversée depuis le gaz naturel

Le principal distributeur de gaz naturel du Québec, Énergir, ne produit actuellement que 2 % de son gaz à partir de sources renouvelables comme le biométhane, qui est dérivé de déchets organiques. Bien que présenté comme une alternative durable, les défenseurs de l'environnement soutiennent qu'il perpétue la dépendance aux mêmes pipelines et infrastructures utilisés pour les combustibles fossiles.

« Le biométhane peut sembler vert, mais ce n'est pas une solution à long terme », a déclaré Anne-Céline Guyon, analyste chez Nature Québec. « Les volumes nécessaires ne pourront jamais être produits de manière durable, et sa promotion retarde le passage à des sources d'énergie véritablement renouvelables comme l'électricité et les thermopompes. »

Les critiques soulignent également les coûts élevés du biométhane. Alors que le gaz fossile traditionnel coûte environ 10 cents le mètre cube, les prix du biométhane grimpent à 70 ou même 90 cents le mètre cube, ce qui pèse sur les consommateurs sans offrir de bénéfice environnemental significatif.

Les nouvelles réglementations du Québec visent à éliminer les combustibles fossiles et à réduire les émissions.
Les installations de biométhanisation sont présentées comme transformant les déchets alimentaires et les eaux usées en énergie renouvelable, mais est-ce le cas ?

Le chauffage électrique comme véritable solution pour remplacer le chauffage au gaz

Le gouvernement provincial incite les ménages à choisir des systèmes de chauffage électrique propres au lieu de compter sur le biométhane. Cependant, cela comporte ses propres défis, car le réseau électrique du Québec fait face à une demande croissante.

« On ne peut nier que le Québec a une pénurie d'électricité », a déclaré Renaud Brossard de l'Institut Économique de Montréal. « Le gouvernement et Hydro-Québec l'admettent, et une pression supplémentaire sur le réseau pourrait compliquer les efforts de décarbonation d'autres secteurs. »

Malgré ces préoccupations, Hydro-Québec et le gouvernement soutiennent que des mesures d'économie d'énergie peuvent aider à équilibrer la demande. En investissant dans l'efficacité énergétique et en encourageant les Québécois à adopter des habitudes durables, les responsables estiment que le réseau peut gérer la transition.

Inquiétudes concernant l'écoblanchiment du gaz naturel

Des coalitions environnementales, dont Sortons le gaz!, ont exprimé des sentiments mitigés à l'égard du plan du gouvernement. Bien qu'ils soutiennent l'interdiction des combustibles fossiles, ils avertissent que des mesures comme les systèmes bi-énergie — utilisant un mélange d'électricité et de gaz — et la promotion du biométhane pourraient saper les progrès.

« Le biométhane est une distraction de l'objectif réel : la transition vers une énergie entièrement renouvelable », a déclaré Mme Guyon. « En le promouvant, nous risquons de prolonger la dépendance à l'infrastructure des combustibles fossiles et de retarder les investissements nécessaires dans des technologies plus propres. »

Le plan pour une économie verte 2030 du Québec investit dans l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables.
Le plan pour une économie verte 2030 du Québec investit dans l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Les objectifs climatiques plus larges du Québec

Le plan du Québec fait partie de son cadre pour une économie verte à l'horizon 2030, qui comprend 900 millions de dollars d'investissements pour doubler l'efficacité énergétique d'ici la fin de la décennie. Le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, a souligné l'importance d'une transition ordonnée, donnant aux consommateurs le temps de s'adapter tout en réduisant les émissions. Le Québec a déjà interdit le chauffage au mazout dans les nouvelles constructions en 2021.

Bien que les objectifs du gouvernement soient ambitieux, les défenseurs de l'environnement soulignent qu'un véritable leadership climatique exige d'aller au-delà des solutions provisoires comme le biométhane et de se concentrer sur l'électrification et les technologies renouvelables. Ce faisant, le Québec pourra mieux se positionner comme un leader mondial dans la lutte contre les changements climatiques.

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